>1er avril 2015
1er avril 20152018-12-27T14:19:52+00:00

1er avril 2015

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Une semaine de dégustations

J’ai fermé le Bé2M une semaine. Depuis quelques semaines, j’étais impatient d’être en vacances pour revenir « sur le terrain » voir mes chers vignerons. En deux ans d’existence de Bé2M, je n’avais pas réussi à m’octroyer quelques heures ne serait-ce que pour aller voir un domaine du Muscadet. Là, une semaine de dégustation m’attendait. Pour joindre l’utile à l’agréable, j’ai réuni des amis Rose, Thomas et Jean-Guillaume pour cette semaine oenologique.

Aux portes de Nantes existent de grands domaines vinicoles. J’ai invité Marion, stagiaire en com au Bé2M, à se joindre à nous pour la première journée de visites dans le pays nantais.

Nous commençons fort avec le domaine des Cognettes (autrement appelé domaines des Coucougnettes par des confrères vignerons !). Les frères Perraud officient dans ce domaine à Clisson, Vincent Perraud nous accueille. Il nous dirige d’abord vers les vignes. Ça, c’est un bon signe quand le vigneron amène voir ses vignes, c’est qu’il est fier de ses terroirs et de la conduite de ses vignes sur ces derniers. A cette période de l’année, les paysages sont un peu tristes, le vert dans les vignesn’apparaitra qu’au printemps. Néanmoins, on peut apprécier si les sols sont vivants ou non. Les sols des Cognettes comme les sols de tous les autres domaines visités dans la semaine sont aérés, l’herbe peut avoir droit de cité. Ils sont bien drainés : l’eau ne stagne pas. Ils absorbent la matière organique : les bois de taille issus de la taille de la vigne s’incorporent progressivement dans le sol pour être transformés en matière organique.

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Bande dessiné les ignorants pour illustrer le blog du Bé2M

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Ces sols tranchent avec les sols de la plupart des voisins adeptes de l’agriculture dite conventionnelle, c’est-à-dire utilisant fortement des produits chimiques : engrais ou autres pesticides. On y voit des sols tassés, des sols n’absorbant pas l’eau de pluie, encore moins les bois de taille qui pourrissent sur place. On y voit de l’herbe jaune au mois de février en plein hiver. On y voit des mousses, signe d’un sol tassé et dégradé.

Après le tour dans les vignes du domaine qui poussent essentiellement sur des sols sur gabbro et granite, il nous reste à faire le tour de la cave. Les souvenirs des dégustations-marathon lors de mon apprentissage de la sommellerie reviennent. Les bouteilles défilent, en dégustation horizontale puis en dégustation verticale : nous commençons à déguster une petite dizaine de cuvées sur le millésime disponible le plus récent.

Je vais m’attarder dans ces quelques lignes sur la visite chez Richard Leroy le jour suivant. Non pas parce qu’il est un personnage célébré dans la passionnante BD « Les Ignorants » d’Emmanuel Davodeau mais plutôt parce qu’il a joué un rôle dans ma reconversion vers mon métier actuel. Je suis allé le voir il y a quatre ans chez lui à Rablay-sur-Layon alors qu’il vinifiait encore ses cuvées dans son garage. J’étais à l’époque auditeur interne du groupe JCDecaux et je rêvais de plus enplus de vin notamment lorsque mon esprit vagabondait dans les avions qui me menaient dans les différentes filiales du groupe.

Pousser la porte de Richard Leroy ce matin-là il y a quatre ans me plongea dans le fabuleux monde des terroirs. Un terroir, ce sont un sous-sol,un sol, un climat, un plant de vigne, un homme inscrit dans une histoire collective. L’homme est au centre, l’homme observe la nature puis entire par son intelligence et sa sensibilité le meilleur produit possible, reflet d’un terroir physique. Richard Leroy me fit déguster, en même temps me raconta son parcours simplement. Il s’intéressait à ce que mes sens ressentaient et jouait un rôle d’aiguillon pour l’amateur que j’étais dans ce monde du vin où les sens n’ont pas toujours le dernier mot. Les campagnes marketing massives de multinationales cherchent à influencer notre goût tandis que des gourous nous incitent à penser que tel ou tel domaine, c’est le must. Alors que nous conversions ce matin-là, Richard me plongeait généreusement dans un monde profondément humain où le plaisir naissait de l’éveil des sens.

Quatre ans après, lorsque je me représente avec mes amis devant la maison de Richard Leroy, je suis intimidé. Cette fois-ci, je viens en tant que professionnel, un professionnel qui pourtant a conscience d’avoir encore beaucoup à apprendre. Les fûts sont maintenant logés dans un chai où s’épanouissent les deux cuvées du domaine : le Clos des Rouliers et les Noëls de Montbenaud. La discussion s’engage progressivement au fur et à mesure de la dégustation. Nous dégustons sur fût puis le vigneron nous débouche des bouteilles de plus en plus âgées. Si je devais résumer les vins en deux mots, je les qualifierai de purs et profonds. La pureté vient de la grande exigence du vinificateur qui s’impose à n’utiliser que le raisin pour faire le vin. La profondeur du vin découle de l’utilisation d’un raisin qui, par la sueur combinée à l’intelligence de l’homme, représente la quintessence d’un terroir. Le vin éveille les sens dans la bouche en crescendo. Une fois le vin avalé, la rémanence du vin évoque un point d’orgue de plaisir.

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