>1er septembre 2015
1er septembre 20152018-12-27T15:02:17+00:00

1er septembre 2015

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Ma reconversion (1) – Le déclin

J’étais dans l’avion Paris-Lisbonne un lundi du début de l’année 2009. Je me réveillais à 5h45 du matin, avalais un petit déjeuner puis prenais le taxi direction Roissy pour prendre l’avion de 7h. Ces voyages en avion faisaient partie des rares moments où mon esprit avait tout le loisir de vagabonder. Je repensais à ma vie d’auditeur interne dans la grande entreprise où j’étais. La direction m’envoyait aux quatre coins du monde, tantôt pour contrôler les filiales, tantôt pour déminer des situations périlleuses, d’autres fois pour assister le management local. J’enchainais les interviews, les analyses de comptes, les documentations, les confrontations, les réunions de synthèse, les rédactions derapports, les présentations aux comités de direction. Le rêve pour tout jeune cadre sorti d’une grande école de commerce ! Je portais des costumes taillés sur mesure, de luxueuses chaussures et sautais d’un avion à l’autre attaché-case au bras.avion illustration blog du Bé2M

Dans cet avion, je rêvais pourtant d’autres choses. Je rêvais de vignes, de vignerons, de sommeliers. Je repensais à mes escapades le week-end en Touraine ou en Bourgogne où je découvrais le monde du vin par des dégustations dans des domaines. L’année précédente, j’avais pris quelques jours en septembre pour faire les vendanges à Vouvray, au domaine Vincent Carême. Là, j’avais été fasciné par les paysages,les raisins bien dorés, les hommes passionnés au contact de la terre et toute l’alchimie à la cuverie qui faisait naître le vin à la sueur du front des hommes. Je m’étais dit qu’un jour, je basculerai dans ce monde.

Dans cet avion, entre deux rêves, la réalité me rattrapait. Et moi de me replonger dans les tableaux de chiffres, les manuels de procédures, les réunions où les intérêts personnels ne rimaient pas si souvent avec l’intérêt collectif, le souvenir de l’agressivité que certains usaient sans entrave grâce à leur position hiérarchique. Je pensais à mon téléphone qui sonnait constamment, aux mails qui faisaient bip toute la journée lorsqu’ils arrivaient sur ma messagerie. Je pensais aussi à l’évolution decarrière qui se présentait à moi, mon directeur me voyant bien prendre sa place. D’un appartement de 40 m2 à Levallois-Perret, j’allais bientôt pouvoir prétendre à un T3 à Neuilly-sur-Seine ! En même temps, je connaissais aussi la précarité de ces postes. Je pouvais être licencié manu militari du jour au lendemain si quelque chose dérapait. Je trouvais surtout que ma vie actuelle ne faisait pas sens.

Dans cet avion, j’ai ressenti un sursaut vital. J’ai eu l’intuition qu’il était temps de nourrir mes besoins plutôt que mon compte en banque. La passion est devenue plus forte que l’ambition carriériste. L’amour est devenu plus fort que le désir de pouvoir. Le désir de liberté est devenu si fort que sortir des rails tracés depuis bien longtemps m’est apparu comme une option possible. Et à partir de ce jour-là, j’ai commencé effectivement à dévier subtilement des rails…

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