>Ma reconversion (7) – Les clés dans la poche

Ma reconversion (7) – Les clés dans la poche

2019-03-12T16:37:14+01:0012/03/2019|

Je suis donc en pleine recherche d’un local pour installer mon bar à vin. Un agent immobilier m’appelle en ce début du mois de juin 2012. Il me propose le local de rêve. J’ai appris à ne plus m’emballer, je note dans mon agenda le RV pour cette énième visite de local. Je le cale juste avant un début de service. Je travaille à ce moment-là comme commis sommelier au Manoir de la Régate pour me faire la main.

Le local est situé au 32 bis rue Fouré dans le quartier Champ de Mars. Il se vend à la barre du tribunal de commerce suite à une liquidation. Je n’avais pas jusqu’ici envisagé ce quartier jouxtant l’hyper-centre et ne bénéficiant donc pas de ses flux de population. Pourtant, ce quartier en rénovation depuis plus de 20 ans a des atouts. Il accueille nombre de chefs talentueux qui ont pu installer leur restaurant dans un quartier où les pas-de-porte sont encore à un prix raisonnable. Le quartier est ainsi en train de se forger une réputation gastronomique. Il attire le soir une clientèle souhaitant se faire un bon resto.

La façade du 32 bis ne paye pas de mine. C’est en entrant que l’on est surpris : la salle est très profonde et très haute de plafond. À l’entrée 4 scooters, derrière eux une déco blanc et rose. Cet ancien bar restaurant mêlait fooding cosmopolite et sushis. Je suis impressionné par l’espace, par les cuisines « flambant neuves » et super équipées, il y a en pour une fortune rien qu’en matériel de cuisine. Cerise sur le gâteau, la cave est immense. Elle abritait, du temps où le marché au gros de Nantes était dans le quartier, une mûrisserie de bananes.

L’agent immobilier qui me fait visiter est dithyrambique. Il dit, ni plus ni moins, que c’est l’affaire du siècle. Je commence à avoir l’habitude de nuancer ces propos enflammés, je commence l’analyse « 360 » du local. Je m’intéresse de plus près au quartier Champ de mars : activité économique, population, restaurants et bars en place. Je prends rendez-vous avec le conseiller municipal référent du quartier. Il me met en garde sur toutes les faillites récentes de commerçants dans le quartier. Si le quartier est intéressant, ce n’est pas non plus une poule aux oeufs d’or.

J’analyse les comptes de la précédente affaire. C’est très rapide comme elle n’a tenu que 6 mois. L’affaire antérieure à la précédente avait également fait faillite, est-ce que ce lieu porte une malédiction ? Il a de sérieux inconvénients : la façade est étroite et en renfoncement, le local est en long et il est grand. Il peut paraître très vide même une vingtaine de clients à l’intérieur. Je me projette pourtant dans cet espace, je perçois son potentiel. Tout devra être refait en salle, l’ambiance présente étant à mille lieux de l’atmosphère d’un bar à vin. Je construits un business plan puis le présente aux banques. Pour une fois, deux conseillers bancaires sont très enthousiastes sur mon projet. C’est bon signe !

L’agent immobilier me presse, comme d’habitude. Il y a un autre acquéreur sur les rangs, ce qui rend la prise de décision urgente. Info ou intox? Mon architecte et mon avocat ne voient pas d’objection à mon projet. Je contrôle l’inventaire du matériel. Tout semble être là. Pourtant, en le relisant calmement chez moi, je m’aperçois qu’il manque une page. Après interrogation, la page manquante ainsi que le matériel s’y référant refont aussi mystérieusement surface qu’ils avaient mystérieusement disparu…

Le 16 juillet 2012, je signe chez un notaire en haut de la Tour Bretagne (c’est mieux pour la solennité du moment !) l’acte d’achat. Et me voilà descendant la Tour par l’ascenseur avec un nouveau jeu de clés dans ma poche !