>Ma reconversion (3) – La potion magique

Ma reconversion (3) – La potion magique

2019-02-13T15:47:09+00:0012/02/2019|

Après moult réflexions et consultations, mon choix de reconversion se porta sur la sommellerie. Le sommelier est celui qui sert du vin dans une salle à manger. Sexy non ? Lors de mon tour de France des bars à vins, j’ai rencontré des tauliers qui faisaient bien plus que servir du vin. Ils avaient sélectionné des dizaines voire des centaines de flacons, les avaient bichonnés dans leur cave, les avaient mis à leur carte, commençaient à en parler à leurs clients avant même d’avoir débouché une seule bouteille, puis partageaient leur expérience de dégustation avec leurs mots et leur vécu. Cela pouvait donner : « vous allez voir ce qu’il a sous le capot ! » ou bien, « je te sors cette nouvelle quille, on lâche les watts là ! » ou enfin « tu sens dans ce Chambolle toute la délicatesse qu’un vin de Bourgogne peut donner ? ».

Le bon sommelier est un passeur de vins et d’émotions, voilà ce qui m’a attiré dans ce métier. Encore doit-il être compétent et donc bien formé (et pas trop déformé…). J’ai trouvé une formation de Brevet Professionnel Sommelier à Beaune en Bourgogne. J’ai alors constitué un dossier de Congé individuel formation (CIF) qui me permettait d’être toujours rattaché à mon entreprise tout en faisant cette formation. Avant d’aller présenter mon dossier à mon employeur, j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche. Par chance, mon directeur de l’époque était un anglais féru de vins. Il a compris mon cheminement. Il m’a quand même déclaré qu’il avait pensé à moi pour prendre sa succession. Cela ne m’a pas fait dévier d’un pouce de mes nouveaux rails.

Je suis donc retourné sur les bancs de l’école. D’abord à Beaune pour suivre un Brevet professionnel. En arrivant en Bourgogne, le grand frisson commença sur la route des vins. Les panneaux indicateurs sur la route ne désignaient pas que des directions. Ils désignaient aussi les terroirs mythiques des grands vins bourguignons. Au panneau Chambolle-Musigny, mon coeur s’accéléra. Au panneau Vosne-Romanée, il battit la chamade ! Sur la parcelle de la Romanée-Conti, j’étais au bord de la syncope !

Avec la plupart de mes camarades d’étude, nous avions une soif d’apprendre la magie des terroirs bourguignons. Nos chemins nous amenaient de la grande librairie du vin Athenaeum aux salles de classe en passant par les vignes, les domaines, les bars à vins et restaurants du coin. Nous nous habituions à discourir sur les vins dégustés à travers des joutes verbales mémorables !

Le bon vin commence dans les vignes. Nous commençâmes à pieds à sillonner les vignes proches du lycée agricole de Beaune, siège de notre formation de sommelier. Puis le vélo permit de rayonner plus loin en côte de Beaune et côte de Nuits. Enfin, nous primes le bus de l’école pour découvrir des vignes et domaines de la France entière. Là, nous écoutâmes autant de discours sur le vin que nous rencontrâmes de vignerons. Et nous vîmes tout au long de l’année la vigne évoluer, des premières pousses aux premières feuilles, puis des premières fleurs aux premiers raisins, enfin des premiers raisins verts aux raisins joliment dorés ou bien noirs. À ces raisins ensuite de “sauter” dans les pressoirs pour se transformer petit à petit en vin.

Toutes ces étapes étaient ponctuées par d’innombrables savoirs-faire,différents selon les terroirs, les régions, les vignerons. Vérité en deçàdes Pyrénées, erreur au-delà ? Pas vraiment : un produit vivant, une culture dans tous les sens du terme, une histoire en mouvement font de la boisson qu’est le vin un produit culturel aux infinies nuances.

A la fin de cette année, il était temps de penser à mon projet professionnel… Suite le mois prochain !